Antidote au culte de la performance : la robustesse du vivant

Dans un court livre synthétisant sa réflexion scientifique et philosophique, Olivier Hamant s’appuie sur les progrès récents de la biologie pour proposer de remplacer l’objectif de performance par la notion de robustesse inspirée du vivant.

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Dans un monde de plus en plus fluctuant, marqué par les crises socio-écologiques, Olivier Hamant propose de remplacer l’objectif de performance par la notion de robustesse inspirée du vivant. Ce court essai, publié chez Gallimard dans la collection Tracts, s’inspire de la biologie des plantes pour redéfinir nos modèles sociétaux, économiques et écologiques.  

Pourquoi ce livre est important ?  

Il compte dans le débat des idées à un moment où l’humanité recherche de nouveaux modèles d’organisations pour réduire sa pression sur les ressources terrestres ainsi que les inégalités d’accès à la santé, à l’éducation et à la sécurité.

Le livre montre que le vivant est un système robuste : la photosynthèse illustre cette logique, puisque son apparente perte de 99 % d’énergie solaire est en réalité nécessaire à son bon fonctionnement. L’auteur oppose ainsi performance et robustesse : la performance, fondée sur l’optimisation et des conditions prévisibles, réduit les possibles ; la robustesse, elle, multiplie les options et favorise l’adaptation dans un monde incertain. Alors que l’humanité a longtemps cherché la performance, son avenir reposera selon l’auteur sur la robustesse, plus durable et plus digne que la simple injonction à la sobriété. Depuis sa publication, ce livre continue à avoir une grande résonance.  

Le plus du livre

Son format concis (60 pages) en fait une introduction accessible pour tout un chacun-e : managers, décideurs politiques et citoyens. Le livre vulgarise la réflexion de son ouvrage précédent « La troisième voie du vivant » (2022), réflexion qu’il poursuit avec « De l’incohérence – Philosophie politique de la robustesse » (2023) et surtout avec « L’entreprise robuste – Pour une alternative à la performance » (2025).

Pourquoi ce titre ?

« Antidote au culte de la performance » positionne le livre comme remède direct à l’idéologie dominante de l’optimisation, qualifiée de « sectaire » et fragile. « La robustesse du vivant » met en avant l’inspiration biologique – issue des recherches de l’auteur sur les plantes – comme alternative viable pour un monde fluctuant, valorisant l’imperfection face à l’excès de contrôle qui finalement fait que les choses nous échappent.  

Les moments forts

  • « La nature menacée devient menaçante : notre excès de contrôle nous a fait perdre le contrôle. Il va maintenant falloir vivre dans un monde fluctuant, c’est-à-dire inventer la civilisation de la robustesse, contre la performance. »  
  • « Que trouve-t-on dans les réseaux des écosystèmes, les réseaux de neurones ou les réseaux génétiques ? De façon massive et prévalente : de l’hétérogénéité, des processus aléatoires, des lenteurs, des délais, des redondances, des incohérences, des erreurs et de l’inachèvement. Le vivant héberge, surtout une myriade de contre-performances à toutes les échelles, de la molécule à l’écosystème. »
  • « Dans un monde turbulent, il nous faudra basculer de l’adaptation vers l’adaptabilité. Si ces mots se ressemblent, ils demandent pourtant des compétences inverses : dans le cas de l’adaptation, il faut renforcer ses points forts, optimiser les solutions pour être mieux à même d’atteindre, l’objectif prévu et le plus vite possible ; dans le cas de l’adaptabilité, il faut au contraire, se construire sur ces multiples points faibles, c’est-à-dire profiter du jeu dans les rouages pour augmenter les marges de manœuvre, créer de nombreux liens et finalement nourrir la diversité des solutions afin de faire face à un monde imprévisible. »
  • Olivier Hamant appelle également à un virage de l’innovation, vers notamment l’économie de l’usage et vers les biomatériaux qui pourraient remplacer les métaux rares nécessaires au numérique et aux infrastructures fournissant les énergies renouvelables : «  le low-tech peut mobiliser les dernières technologies, à condition qu’elles soient robustes. »

Qui est l’auteur ?

Olivier Hamant est biologiste et biophysicien. Directeur de recherche à l’INRAE au laboratoire Reproduction et Développement des Plantes (RDP) de l’École normale supérieure de Lyon, il est aussi directeur de l’Institut Michel Serres. Ce groupe interdisciplinaire de recherche et de réflexion, a été fondé en 2012 sous le parrainage de Michel Serres auteur du « Contrat naturel ». Dès 1990, le philosophe imaginait une organisation symbiotique des interactions entre les humains et les autres vivants pour apprendre à habiter la Terre. S’appuyant sur ce socle intellectuel posé par Michel Serres, Olivier Hamant poursuit l’élaboration d’une philosophie politique qui relie sciences du vivant, écologie, société et gouvernance.  

Verdict : c’est oui ou bien c’est non ?

C’est oui, si on s’intéresse à une vision systémique de l’économie et de la vie en société. Et si on aime croiser les réflexions économiques, biologiques, mais aussi artistiques. Ce que fait Olivier Hamant quand, au détour d’une page, il cite par exemple le peintre Pierre Soulages : « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche. »

Fiche d’identité

Éditeur : Tracts Gallimard 
Auteur : Olivier Hamant 
Genre : essai 
Date de publication : 2023 
Nombre de pages : 60 
 

La chronique écrite par Emmanuelle Durand-Rodriguez – Telmi Studio est à lire sur le site d’Eurécia Média