Pour Adel Haddoud, 2025 restera comme l’année de la confirmation. Son entreprise, Infinite Orbits, spécialisée dans les services en orbite géostationnaire – inspection, prolongation de vie et fin de vie des satellites – a passé un cap majeur : une levée de 40 millions d’euros annoncée en novembre, des contrats stratégiques et une visibilité désormais européenne. « L’année a dépassé nos espérances », résume le dirigeant. Avec un carnet de commandes de 150 millions d’euros à livrer sur trois ans et une croissance du chiffre d’affaires multipliée par deux chaque année depuis 2023, Infinite Orbits s’impose comme un acteur majeur du spatial.
Une ambition née à New York et propulsée à Toulouse
Ancien élève de l’Insead et d’ISAE-Supaero, l’école d’ingénieurs toulousaine, Adel Haddoud a longtemps mené une carrière internationale avant de revenir à Toulouse, convaincu du potentiel de son écosystème spatial. « Nulle part ailleurs en Europe, à Brème, à Munich, à Bristol ou à Milan, on ne trouve une telle concentration de talents », confie celui qui s’apprête à annoncer le lieu de sa première usine d’assemblage. Une chose est sûre, ce sera à Toulouse intra-muros et l’entreprise va continuer à recruter intensément.
C’est sur les bancs de Columbia University, à New York, que naissent les prémisses d’Infinite Orbits. En 2017, un ancien professeur d’Adel Haddoud à ISAE-Supaero l’appelle : son fils étudiant lance une start-up sur la base d’une technologie qui permet une navigation spatiale intelligente et autonome, reposant sur des caméras et sur l’IA. Intéressé par le projet, Adel Haddoud investit et soutient l’équipe pendant trois ans, mobilisant son réseau et son expertise business. Après un premier contrat décroché à Singapour, l’entreprise s’y installe pendant deux ans, le temps de bien identifier le marché. Une fois le Covid passé, Adel Haddoud reconnecte avec Toulouse. « J’en parle à mes deux cofondateurs, Akshay Gulati et Manos Koumantakis qui ne connaissaient ni la France ni Toulouse, raconte Adel Haddoud amusé. Ils étaient un peu sceptiques et finalement, c’est ici que nous avons créé l’entreprise en 2021. C’était la meilleure décision à prendre. »
Même si lui-même habite à Vichy pour des raisons familiales, Adel Haddoud est attaché à Toulouse, où il aime le rugby, le cassoulet et l’esprit d’équipe ! Il garde très précisément en tête une date marquante, humainement et professionnellement. « Le 16 avril 2021, raconte-il, car c’est le jour où Nubbo a accepté d’incuber Infinite Orbits. C’était mon premier ‘oui’ à Toulouse ! Je connaissais la ville pour y avoir étudié, mais mes associés, indien et grec, découvraient tout. Nubbo a été notre boussole, nous aidant à décrypter les circuits de financement et à nous connecter aux réseaux du CNES, de la Région, de l’ESA, etc. »
Depuis ses tout débuts et à tous les stades de son développement, Infinite Orbits est accompagné par la Région via Nubbo, Occitanie Invest et Start’Oc.
2026 : l’entrée en phase industrielle
La startup devient rapidement une PME spatiale structurée, forte aujourd’hui de plus de 100 collaborateurs. Le siège social est à Toulouse avec des filiales à Singapour, au Luxembourg et aux États-Unis. Infinite Orbits prévoit aussi d’étendre sa présence géographique avec l’ouverture de nouveaux bureaux au Luxembourg, en Espagne, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Pologne. L’entreprise se positionne déjà sur des projets d’envergure autour de 40 millions d’euros et vise les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2030.
Après la conception, les validations technologiques et la signature de récents contrats majeurs, 2026 marque une étape clé : la fabrication sur le sol toulousain des premiers satellites d’un carnet de commandes qui atteint 150 millions d’euros. Deux méga-contrats ont assuré l’avenir de l’entreprise : l’un a été signé en août 2025 avec le ministère français des Armées pour le satellite Paladin de la gamme Orbit Guard puis en novembre un accord avec SES, premier opérateur mondial de satellites géostationnaires.
Deux satellites innovants
Le satellite Paladin – Orbit Guard est capable de surveillance passive et active en orbite géostationnaire, s’inscrit dans le programme ARES piloté par la DGA au profit du Commandement de l’Espace (CDE). Quant à l’accord avec SES, il concerne Endurance, un satellite d’amarrage qui prendra en charge le maintien à poste, la gestion d’orientation, la relocalisation orbitale et la désorbitation en fin de vie. Le lancement d’Endurance est prévu pour 2027, avec un amarrage programmé à l’un des satellites de SES. Cette mission fera d’Infinite Orbits la première entreprise européenne – et la deuxième au monde – à réaliser un amarrage orbital de prolongation de vie. Tous les nouveaux satellites d’Infinite Orbits seront fabriqués à Toulouse dans le futur site industriel qui concentrera tous les moyens de production et d’intégration des satellites. Le chef d’entreprise estime qu’il est en train de construire une supply chain solide et européenne : « Notre rôle est de renforcer la souveraineté spatiale du continent et nous fabriquons nos satellites avec une quarantaine de fournisseurs répartis dans 17 pays européens, avec la volonté de limiter au maximum notre dépendance extra-européenne ». En attendant l’ouverture de l’usine les recrutements s’accélèrent. « Nous connaîtrons un pic de recrutement en 2026 » estime Adel Haddoud à la fois très fier du chemin parcouru mais aussi très chaleureux et simple. Et quand on lui demande quel conseil il donnerait aux entrepreneurs, il n’a pas d’hésitation : « Faire ce qu’on aime avec les gens qu’on aime ».
L’article écrit par Emmanuelle Durand-Rodriguez – Telmi Studio pour la newsletter mensuelle « Occitanie News » est à lire sur le site de la Région Occitanie.